Conversations / Conversations
D’UNE SOLITUDE À L’AUTRE / FROM ONE SOLITUDE TO ANOTHER
Conversations bilingues autour des questions de littérature québécoise, de littératures autochtones et de CanLit /
Bilingual Conversations on Questions of Québécois Literature, Indigenous Literatures and CanLit

Série de conférences en ligne organisée par Marie-Andrée Bergeron et le Centre de littératures au Canada / Online Series organized by Marie-Andrée Bergeron and the Center for Literatures in Canada
Événements / Events
Conversation d'introduction: le paysage et les enjeux /
Introductory Conversation: The Landscape and the Stakes
20 novembre / November 20
12:00-13:00h MT (14:00h ET) / 12:00-1:00pm (2:00pm ET)
Rachel Nadon (Université Laval)
Heather Macfarlane (Queen's University)
Souverainetés autochtones / Indigenous Sovereignties
11 décembre / December 11
12:00-13:00h MT (14:00h ET) / 12:00-1:00pm (2:00pm ET)
Aubrey Hanson (University of Calgary)
Marie-Ève Bradette (Université Laval)
Contextes féministes / Feminist Contexts
2 février / February 2
12:00-13:00h MT (14:00h ET) / 12:00-1:00pm (2:00pm ET)
Chloé Savoie-Bernard (Université du Québec à Montréal)
Myra Bloom (York University)
*Note: This event had been scheduled for January 19, but was postponed and will now take place on February 2.
Sur Zoom / Online via Zoom
En 1904, dans sa conférence fondatrice sur « la nationalisation de la littérature canadienne », Camille Roy envisageait une littérature nationale encore à inventer, arrimée à une tradition à construire. Soixante ans plus tard, en 1965, l’équipe de Parti pris « inventait » à son tour la littérature québécoise, inscrivant l’acte littéraire dans une praxis politique : nommer le pays pour le faire exister. Ce double geste, qui est à la fois poétique et politique, demeure au cœur de la constitution du corpus québécois et de la structuration des études littéraires qui s’y rattachent.
De Camille Roy à Parti pris, et jusqu’aux travaux plus récents (Noël, 2024; Bélanger, 2025), la question du rapport entre littérature et nation, entre corpus et projet politique, se reconfigure sans cesse. D’un côté, la littérature québécoise s’est construite contre l’étiquette « littérature canadienne d’expression française », au nom d’une autonomie esthétique et politique. De l’autre, la critique anglophone récente interroge la notion même de CanLit : qu’est-ce qu’une littérature nationale lorsqu’on reconnaît les fondations coloniales, patriarcales et racistes du Canada, ainsi que l’exclusion persistante des voix queer et racisées de même que celle des souverainetés autochtones (McGregor, Rak, Wunker, 2018)? Entre désir d’inclusion et affirmation de la différence, les traditions semblent s’être construites sur des lignes de fracture autant que de dialogue inachevé. Comment peut-être réimaginer nos affiliations nationales leurs interrelations sachant que les politiques de reconnaissance sont, en elles-mêmes, sous-tendues par une structure coloniale (Coulthard, 2014) ?
Le récent changement de nom du CLC, passant de « Centre de littérature Canadienne » à « Centre de littératures au Canada », met en lumière l’hétérogénéité des cultures littéraires au Canada ainsi que la complexité et la diversité de leurs rapports à l’identité nationale. Ce faisant, toutefois, nous ne souhaitons pas renoncer à l’idée d’espaces géopolitiques et culturels partagés, d’expériences communes, de valeurs, de recherche et de dialogue. Le thème de recherche de cette année, « Pollinisations croisées » – ou « Polli-n(is)ations croisées » – souligne la nécessité de nouvelles métaphores pouvant nous aider à imaginer l’interconnexion et la relationalité entre de multiples communautés souveraines.
C’est dans cet interstice que nous proposons d’ouvrir la discussion: Quelle est la relation entre les littératures autochtones, québécoises et canadiennes? La littérature québécoise pourrait-elle être pensée dans le cadre de la CanLit, ou bien son autonomie, paradoxalement confirmée par son exclusion, reste-t-elle sa véritable force politique et critique ? Par ailleurs, qu’en est-il de la littérature autochtone ? Quelle est sa place et sa fonction dans les efforts de maintien et de revitalisation des cultures ? D’ailleurs, la réconciliation ne devrait-elle pas être au cœur de toutes nos interrogations ? En tant que spécialistes de ces littératures, quels modèles de relations et de discussions entre les solitudes pouvons-nous participer à construire et à cultiver ?
Nous vous invitons à prendre part à cette conversation collective, afin d’explorer ensemble la fécondité de ces tensions. Car si l’histoire des littératures nationales est faite de frontières, les rencontres intellectuelles – entre traditions, disciplines et générations de chercheureuses – sont, elles, des occasions de déplacements critiques, d’inattendus et d’élans nouveaux.
In 1904, in his foundational lecture on “the nationalization of Canadian literature,” Camille Roy envisioned a national literature still to be invented, anchored in a tradition yet to be built. Sixty years later, in 1965, the Parti pris collective, in turn, “invented” Québécois literature, inscribing the literary act within a political praxis: to name the country in order to bring it into existence. This double gesture, at once poetic and political, remains at the heart of the constitution of the Québécois corpus and of the structuring of the field of literary studies that surrounds it.
From Camille Roy to Parti pris, and up to more recent works (Noël 2024; Bélanger 2025), the question of the relationship between literature and nation—between corpus and political project—has been continually reshaped. Québécois literature was built against the label of “Canadian literature in French,” in the name of aesthetic and political autonomy. Recent anglophone criticism interrogates the very notion of CanLit: what is a national literature once one recognizes the colonial, patriarchal, and racist foundations of Canada, as well as the persistent exclusion of queer and racialized voices, and Indigenous sovereignties (McGregor, Rak, Wunker, 2018)? Between a desire for inclusion and the affirmation of difference, the two traditions appear to have been forged along lines of fracture as much as of unfinished dialogue. How can we reimagine our national affiliations and relationships when politics of recognition are themselves underpinned by colonial structures (Coulthard, 2014)?
The recent name change of the CLC from “Canadian Literature Centre” to “Centre for Literatures in Canada” draws attention to the heterogeneity of literary cultures in Canada and to the complexity and diversity of their relationships to national identity. In doing so, however, we do not want to abandon the idea of shared geopolitical and cultural spaces, experiences, values, inquiry, and dialogue. This year’s research theme, “Cross-pollinations” – or “Cross-pol(l)i-nations” – emphasizes the need for new metaphors that might help us imagine interconnectedness and relationality across multiple sovereign communities.
It is in this interstice that we propose to open a series of cross-pollinating discussions between anglophone and francophone, Indigenous and settler scholars, guided by these broad questions: What is the relationship between Indigenous, Québecois, and Canadian literatures? Could Québécois literature could be thought within the framework of CanLit, or does its autonomy—paradoxically reinforced by its exclusion—remain its true political and critical strength? Moreover, what about Indigenous literature? What is its place and function in the efforts of cultural maintenance and revitalization? And in fact, should reconciliation not be at the heart of all our questions? What models for relationship-building and dialogue across solitudes should we be cultivating as scholars of these literatures?
We invite you to take part in this collective conversation, in order to explore together the fertile possibilities of these tensions. For if the history of national literatures is shaped by boundaries, intellectual encounters—across traditions, disciplines, and generations of scholars—offer opportunities for critical shifts, for the unexpected, and for new creative impulses.
Autrice, éditrice, chroniqueuse et traductrice, Chloé Savoie-Bernard occupe un poste de professeure adjointe de littérature à l’Université du Québec à Montréal. Elle a entre autres, publié Des femmes savantes (Triptyque, 2016) et Sainte Chloé de l’amour (Hexagone, 2021).
Dr. Chloé Savoie-Bernard is a writer who works in various forms: poetry, short story, literary criticism, and translation. She has translated Ntozake Shange, Audre Lorde, Tessa McWatt and Myriam Chancy, among others. She is also developing a practice in performance. She has published several books, most notably Des femmes savantes (Triptyque, 2016), and most recently Sainte Chloé de l’amour (Hexagone, 2021). After working as an assistant professor in the Department of French Studies at Queen’s University, she is now a literature professor at Université du Québec à Montréal. Her current book project focuses on fragmented kinships and constructions of memory between fathers and daughters within the context of first-generation Haitian immigrants in francophone Canada.
Membre du Centre interuniversitaire d'études et de recherches autochtones (CIÉRA) et du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture au Québec (CRILCQ), Marie-Eve Bradette est professeure adjointe au département de littérature, théâtre et cinéma de l’Université Laval et titulaire de la Chaire de leadership en enseignement des littératures autochtones au Québec - Maurice-Lemire depuis juin 2022. Ses recherches actuelles abordent l'hétérolinguisme des littératures des Premiers Peuples au Québec comme modalité d’une histoire littéraire plurielle. Ses travaux ont été publiés, entre autres, dans les revues Studies in Canadian Literature/Études en littérature canadienne, Les Cahiers du CIÉRA, @nalyses, Captures et Voix plurielles. En 2025, son article « Le conflit des souverainetés linguistiques au Québec : Perspectives critiques et littéraires autochtones » a remporté le prix Herb Wyile. Elle est également l'autrice d'une chronique annuelle en études autochtones pour la revue Voix et images. Son ouvrage Langue(s) en portage: résurgence littéraire et langagière dans les littératures autochtones féminines est paru en 2024 aux Presses de l'Université de Montréal et a remporté, en 2025, le prix du meilleur livre de l’Association des professeur·es de français des universités et des collèges canadiens (APFUCC). Elle a enfin co-dirigé l'ouvrage collectif Urbanités autochtones en création (avec Julie Graff, Gabrielle Marcoux et Alexia Pinto Ferretti) paru en 2025 aux Presses de l'Université de Montréal et a dirigé le premier dossier de la revue Voix et Images à être consacré à une autrice autochtone, Virginia Pesemapeo Bordeleau (2025).
Rachel Nadon est professeure de littérature québécoise au Département de littérature, théâtre et cinéma de l’Université Laval. Ses recherches portent sur les rapports entre littérature et politique au sein des revues et des romans publiés au Québec. Elle s’intéresse notamment à l’histoire et aux enjeux théoriques des périodiques populaires comme Allô police. Membre du Groupe de recherches et d’études sur le livre au Québec (GRÉLQ) et du Centre interuniversitaire sur la littérature et la culture au Québec (CRILCQ), elle dirige également la revue d’histoire intellectuelle et culturelle Mens depuis 2023, une revue savante publiée par le Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF) de l’Université d’Ottawa.
Rachel Nadon is a professor of Quebec literature in the Department of Literature, Theater, and Cinema at Laval University. Her research focuses on the relationship between literature and politics in magazines and novels published in Quebec. She is particularly interested in the history and theoretical questions raised by popular periodicals such as Allô police. A member of the Groupe de recherches et d’études sur le livre au Québec (GRÉLQ) and the Centre interuniversitaire sur la littérature et la culture au Québec (CRILCQ), she is also editor-in-chief of the intellectual and cultural history journal Mens since 2023, a scholarly journal published by the Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF) at the University of Ottawa.