Le Campus Saint-Jean bâtit un avenir dynamique ancré dans la vérité

Une francophonie tournée vers l’avenir doit aussi savoir regarder clairement en arrière

Jason Carey - 22 septembre 2026

Le Campus Saint-Jean est en plein essor. Nos effectifs ont augmenté de près de 150 % au cours des trois dernières années. Nous travaillons en étroite collaboration avec la grande majorité des organismes impliqués dans la Francophonie, élargissant activement notre portée et notre influence tant auprès des communautés franco-albertaines que des communautés autochtones et des personnes nouvellement arrivées de l’international. Les membres de notre corps étudiant proviennent désormais de plus de 30 pays, faisant du Campus Saint-Jean un carrefour international dynamique. Au cours des dernières années, nous avons conclu, et continuons de conclure, un nombre croissant de partenariats essentiels dans tous les domaines — allant du travail sur la diversité et la justice à l’enseignement en français dans les systèmes scolaires catholiques et publics. Le 50e anniversaire de notre faculté, en 2027, sera l’occasion d’une véritable célébration.

C’est un Campus qui va de l’avant avec détermination et confiance.

C’est également un Campus déterminé à faire face à son histoire sans détour — non pas en dépit de son élan, mais précisément grâce à lui. Au cours des deux dernières années, le Campus Saint-Jean a entrepris des recherches archivistiques préliminaires sur les liens institutionnels avec le système des pensionnats indiens du Canada. Ces recherches ont révélé des liens documentés entre des personnes ayant exercé des fonctions au Campus Saint-Jean et celles qui ont infligé de graves préjudices aux peuples autochtones par le biais du système des pensionnats. Il s’agit d’une histoire difficile, qui exige une reconnaissance et une prise de responsabilité.

Nous avons choisi de l’affronter de front.

Pourquoi l’honnêteté historique renforce notre avenir

Depuis plus d’un siècle, le Campus Saint-Jean est un pilier de l’éducation francophone en Alberta et dans l’Ouest canadien, et ce, bien avant qu’il ne fasse partie de l’Université de l’Alberta. Cet héritage revêt une importance réelle — pour l’université, pour la ville, pour la province et pour notre pays. Mais un héritage qui mérite d’être honoré est un héritage que nous devons connaître dans son intégralité.

Les Oblats de Marie Immaculée — la congrégation fondatrice du Collège Saint-Jean — ont publié en 1991 une déclaration historique reconnaissant leur rôle central dans l’administration du système des pensionnats indiens en tant que projet d’assimilation. Nos recherches dans les archives ont permis d’identifier des personnes spécifiques qui ont exercé leurs fonctions à la fois au Campus Saint-Jean et dans des pensionnats indiens. Ces liens sont documentés dans des documents d’archives, des témoignages de survivants et les aveux des institutions les plus directement impliquées.

Reconnaître cette histoire ne diminue en rien notre patrimoine francophone. Au contraire, cela le renforce. Une tradition solide et sûre d’elle-même n’a pas besoin d’être sélective. Nous pouvons célébrer le dévouement des personnes engagées dans l’éducation qui ont bâti des écoles francophones dans un pays où le soutien à de telles institutions n’était pas garanti. Nous pouvons honorer l’héritage linguistique et culturel qui a enrichi l’Alberta. Et nous pouvons simultanément reconnaître que certaines de ces personnes chargées de l’éducation ont causé un préjudice grave aux peuples autochtones. Ces vérités ne sont pas contradictoires — elles constituent l’histoire dans son intégralité.

Une institution qui choisit ses valeurs

Cet engagement envers l’honnêteté se traduit par des mesures concrètes sur l’ensemble de notre campus.

Le Campus Saint-Jean entreprend actuellement un examen historique complet et transparent. Nous publierons nos conclusions sans omission. Il s’agit là d’un acte d’intégrité institutionnelle.

Nous avons également repensé nos espaces physiques et culturels afin de nous assurer qu’ils soient véritablement inclusifs et accessibles à tout le corps étudiant. Dans le cadre de ces efforts, nous avons recouvert une murale de l’artiste James A. Marshall — une décision prise en consultation avec l’équipe de conception, le Comité consultatif sur la dénomination de l’Université de l’Alberta et des personnes représentantes de la communauté, avec l’accord de M. Marshall lui-même. Des images en haute résolution demeurent accessibles au public ; nous préservons l’histoire sans pour autant lui laisser dicter la façon dont nous utilisons nos espaces d’enseignement et communautaires.

Nous avons rénové la Salle historique Onésime Dorval. Plusieurs personnes étudiantes autochtones ont souligné l’importance de veiller à ce que tous les espaces du Campus soient véritablement inclusifs et sécuritaires. La salle rénovée sert désormais d’espace polyvalent d’enseignement et de vie communautaire, ce qui nous permet de répondre à la demande croissante des personnes étudiantes tout en mettant l’accent sur la vérité et la réconciliation.

Nous avons modifié le format de notre cérémonie de remise des diplômes dédiée à la communauté francophone, la « Cérémonie de la Lumière », après avoir consulté notre association étudiante. Des personnes membres du corps étudiant ne se sentaient ni représentées ni incluses dans l’ancien format. La cérémonie remaniée, qui se tient le même jour que la remise des diplômes pan-universitaire et qui se déroule toujours entièrement en français, reflète désormais l’inclusivité et la diversité de notre communauté universitaire, tout en renforçant le sentiment d’appartenance à l’Université de l’Alberta dans son ensemble. Grâce à ce changement de format, nous sommes en mesure d’accueillir toutes les familles de l’Alberta, du Canada et de l’étranger. Nous avons reçu des commentaires positifs de la part du corps étudiant depuis ce changement.

Ces décisions reflètent les valeurs que nous choisissons d’incarner : un engagement envers la sincérité, l’inclusion et le service équitable à tout le corps étudiant.

Regarder vers l’avenir ensemble

La couverture médiatique récente a soulevé des préoccupations quant à la manière dont le Campus Saint-Jean a géré son histoire. Nous comprenons que la confrontation aux liens institutionnels au sein du système des pensionnats indiens est douloureuse, en particulier pour les personnes qui se sont consacrées à la préservation de l’héritage de l’éducation francophone en Alberta.

Mais nous invitons la communauté francophone à voir ce que nous construisons réellement. Notre croissance n’est pas le fruit du hasard. Nos partenariats ne sont pas marginaux. Les membres de notre corps étudiant — d’origine Franco-Albertaine, de peuples autochtones, des programmes d’immersion en français, de francophones de tout le Canada et des personnes nouvellement arrivées en provenance du monde entier — choisissent le Campus Saint-Jean parce que nous créons un espace véritablement ouvert, inclusif, novateur, tourné vers l’avenir et axé sur l’excellence.

Cette dynamique s’étend de notre région locale aux scènes nationales et mondiales. Des institutions prestigieuses impliquées dans la Francophonie mondiale nous ont contactés de leur propre initiative pour développer de nouveaux partenariats universitaires et de recherche. La grande majorité des organisations des Francophonies comprennent qu’honorer notre patrimoine exige que nous allions de l’avant, que nous regardions notre passé en face et que nous construisions quelque chose de mieux.

L’avenir du Campus Saint-Jean est plus prometteur que jamais — et c’est un avenir que nous espérons bâtir ensemble, ancré dans la vérité, animé par l’espoir et résolument francophone.


Jason Carey, Ph.D., P.Eng.
Professeur, doyen et chef de la direction
Campus Saint-Jean, Université de l’Alberta